On associe souvent les comportements de protection à de la loyauté ou à de l’attachement. Pourtant, certains chiens qui grognent, jappent ou tremblent dans les bras de leur humain cachent parfois tout autre chose : de la peur et de l’anxiété. Je vous raconte l’histoire de Ritchie, un petit croisé caniche de trois ans, vivant dans sa famille depuis ses trois mois et adopté chez des gens aimants. Je l’ai reçu en consultation pour son examen annuel et ses vaccins.
Il était très difficile d’approcher Ritchie. Il tremblait, grondait et jappait quand quelqu’un – moi, la technicienne en santé animale ou un autre client – s’approchait de sa propriétaire qui le tenait dans ses bras.
Je comprenais très bien qu’il puisse être stressé chez le vétérinaire. J’ai donc posé des questions pour mieux connaître son comportement et ses habitudes à la maison. Son humaine me répétait souvent qu’il n’aimait qu’elle et qu’il voulait la protéger.
Mais en creusant un peu, l’histoire était différente.
Un chien anxieux même à la maison
Ritchie était rarement laissé seul à la maison. Quand la dame et son conjoint devaient s’absenter, il allait chez une voisine très gentille. J’ai d’ailleurs téléphoné à cette dernière pour obtenir quelques informations. Elle m’a expliqué que, dès que ses propriétaires partaient, Ritchie restait près de la porte. Il ne pleurait pas, mais tremblait un peu et restait assis dans un coin. Il n’explorait pas son environnement, restait tapi et silencieux. Il ne buvait pas, ne touchait pas aux gâteries ni à ses jouets. Quand le conjoint de la dame restait seul avec lui, il adoptait sensiblement les mêmes comportements.
Aussi, lorsqu’il y avait de la visite à la maison, son humaine le gardait presque toujours dans ses bras. Il jappait si quelqu’un s’en approchait. En rapportant ces faits, celle-ci ne cessait de me répéter : « il n’aime que moi et il me protège ».
Si le chien était laissé seul et que quelqu’un s’approchait de lui, il pouvait japper, adopter une position basse, trembler et, parfois, se laisser caresser sans en retirer du plaisir.
Détail intéressant : si quelqu’un s’approchait de sa propriétaire alors qu’il était loin d’elle, il ne réagissait pas.
Il grognait après le conjoint de la dame si celui-ci se couchait dans le lit après elle et que Ritchie s’y trouvait déjà, mais pas si monsieur se couchait avant madame.
Il n’appréciait pas les promenades à l’extérieur ni les contacts avec d’autres chiens.
Son humaine l’emmenait régulièrement au centre commercial dans un petit sac très confortable dans lequel il allait de lui-même en sautant. Les gens le trouvaient très beau et voulaient le caresser, mais dès qu’une main s’approchait, il grondait, jappait et tremblait.
Nous avons estimé qu’au moins 25 % du temps, ce chien vivait de l’anxiété.
Après avoir analysé la situation, j’ai commencé à discuter d’anxiété, de thérapie comportementale et de médication avec la propriétaire du chien et son conjoint. Au début, elle a refusé que son petit caniche prenne des médicaments. Elle avait peur que cela soit dangereux et change sa personnalité ou qu’il soit endormi en permanence. Nous avons fixé une réévaluation deux semaines plus tard.
Quand la protection cache en réalité de la peur
Lorsque nous nous sommes revus, c’est le conjoint de la dame qui a très bien résumé la situation :
« Nous avons décidé de donner de la médication à Ritchie pour son bien. Ça a ouvert les yeux de ma femme. Puisqu’il ne jappe pas quand il est loin d’elle et que quelqu’un s’approche d’elle, c’est qu’il ne veut pas juste la protéger, mais qu’il a vraiment peur aussi pour lui. C’est son espace qu’il protège et il se sent assez confiant pour japper dans les bras de sa maîtresse, alors qu’il semble subir et se retenir quand il est seul. Je veux qu’il soit bien avec ma femme, bien sûr, mais aussi quand elle n’est pas là. »
J’ai trouvé que ses paroles étaient pleines de sagesse.
Améliorer la qualité de vie d’un chien anxieux
Six mois plus tard, Ritchie va déjà mieux. Il ne sera jamais un chien qui va spontanément vers les gens, et ce n’est pas ce qu’on attend de lui. On se doit de respecter sa personnalité. Mais il est maintenant capable de dormir quand son humaine n’est pas là et de dormir dans son sac sans être en hypervigilance, quand celle-ci magasine avec lui.
Il se sent bien plus souvent et sa qualité de vie s’en trouve améliorée.
Un chien anxieux n’a pas nécessairement eu un passé difficile
À travers cette histoire, on comprend que des chiens qui n’ont pas vécu d’abus ni de traumatisme peuvent tout de même souffrir d’anxiété.
On comprend aussi que ce n’est pas que le comportement du chien qui doit guider la décision de le traiter, mais aussi sa qualité de vie. Si un chien passe une grande partie de sa vie à avoir peur, à trembler, à éviter le monde ou à vivre en hypervigilance, il mérite qu’on l’aide.
Parfois, cela passe par de la thérapie comportementale, parfois par de la médication, souvent par une combinaison des deux.
L’objectif n’est jamais de changer la personnalité du chien, mais de lui permettre de se sentir mieux dans sa vie quotidienne.
Si votre compagnon poilu présente des comportements qui vous inquiètent, n’hésitez pas à consulter un vétérinaire spécialiste en comportement.
Les noms et certains détails de l’histoire ont été modifiés pour préserver la confidentialité des clients.
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