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Le chiot des petites annonces. L’histoire d’une consultation vétérinaire difficile

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femme de dos avec un chiot bichon

Il y a plusieurs mois, pendant la période de la pandémie où tout le monde voulait un chien, un nouveau client s’est présenté en clinique avec un chiot tout neuf.  Le chiot était arrivé dans sa famille la veille et tout ce que le client pouvait me dire, c’est que sa fille l’avait acheté via les petites annonces.

Arrivé en consultation, le client m’explique que sa grande fille était allée chercher le chiot avec une amie, dans un endroit reculé quelque part à la campagne. Elle lui a dit que la dame qui lui a vendu le chiot est venue la rejoindre dans le stationnement d’un fast food, sur la grande route. Plus pratique pour tout le monde, disait-elle…

Monsieur consulte avec le chiot pour son examen de routine et aussi parce qu’il trouve que le chiot n’est pas aussi vigoureux qu’on aurait pu l’imaginer. Après tout, on a assuré à sa fille que le chiot avait 4 mois. L’examen physique du chiot déclenche plusieurs alarmes dans ma tête. Le chiot n’a très certainement pas 4 mois. Il a la dentition d’un chiot d’au plus 8 semaines qui aurait dû être encore avec sa maman. Le chiot est visiblement déshydraté. Le chiot était petit (environ 4 livres) et avait été vendu comme un chien « toy » de race bichon. Le chiot n’avait ni certificat de vaccin signé par un vétérinaire ni papier certifiant sa race. Une transaction dans un stationnement, payée en argent comptant. Plus pratique pour tout le monde, disait la dame-vendeuse…

Une consultation difficile

Le cas que j’avais devant moi ressemblait à un cas classique de chiot en provenance d’une usine à chiots. Cela m’a rendu triste : dans quelle condition vivait la maman de ce chiot ?  Monsieur m’assurait que la dame-vendeuse avait rassuré sa fille et que le chiot était né dans la maison, de deux parents qui étaient ses chiens à elle. Était-ce vrai ? Cette consultation m’a mise bien mal à l’aise. J’ai voulu traiter le chiot et j’ai avisé monsieur qu’il ne serait probablement pas un chien « toy » à l’âge adulte. La dame-vendeuse avait fait des recommandations à la fille du monsieur. « Pas de ce médicament pour cette race, jamais de ce type de traitement pour cette race, etc. » Monsieur rejetait presque systématiquement ce que je lui recommandais. C’était infernal comme consultation. Il m’était très difficile d’aider ce chiot alors que le propriétaire accordait plus de crédibilité à son marchand de chiens, qu’à mes recommandations médicales.  Finalement, monsieur a quitté de façon cavalière, en me disant que je ne connaissais rien aux petites races. J’ai passé une bien mauvaise journée et je suis demeurée inquiète pour le chiot. J’ai su que le lendemain, monsieur avait consulté ailleurs puisqu’une autre clinique vétérinaire m’a demandé de leur envoyer mon dossier.

Des excuses…

Ce qui est exceptionnel dans cette triste histoire, c’est qu’il y a quelques jours, j’ai reçu une lettre d’excuses de ce monsieur. Cela m’est rarement arrivé en 20 ans de carrière. Le chiot « toy » pèse maintenant 13 livres et il va bien malgré qu’il ait dû être hospitalisé en centre d’urgence, quelques jours après son arrivée. Le client avait alors tenté de rejoindre la dame-vendeuse au téléphone, sans succès. Une boîte vocale pleine, aucune possibilité de rappel… Dans sa lettre, le monsieur m’assure que cette adoption leur a donné une leçon à lui et à sa grande fille. La prochaine fois, ils adopteront de façon plus responsable. Je salue sa prise de conscience et je leur souhaite évidemment une belle relation avec leur chien.

On ne le répétera jamais assez, quand on veut un chien, il n’y a que deux options : adopter d’un refuge ou faire affaire avec un vrai éleveur responsable et éthique. Dans le dernier cas, il faudra être patient. Les éleveurs éthiques ne reproduisent pas à toute vitesse, au détriment de la santé et du bien-être de leurs reproducteurs. À méditer.

Elle signe ce texte

Fondatrice du magazine web Flair & Cie, Dre Lucie Hénault est médecin vétérinaire et propriétaire avec 7 associées, de 8 établissements vétérinaires dans la grande région de Montréal. Dre Hénault est gestionnaire de l’Hôpital vétérinaire de Montréal, à Westmount.