Choisir de devenir vétérinaire, c’est d’abord répondre à un amour profond pour les animaux, mais aussi à un intérêt marqué pour les sciences et la médecine. Ce que l’on mesure moins, au départ, ce sont les nombreux défis humains qui jalonnent la pratique. Le service à la clientèle, par exemple, peut s’avérer complexe, surtout en début de carrière, alors que l’expérience est encore limitée.
Les émotions, les contraintes budgétaires et les attentes des propriétaires influencent souvent les décisions médicales. Autant d’éléments pour lesquels nous sommes peu préparés durant notre formation. Dans ce contexte, le lien de confiance entre le vétérinaire et ses clients devient essentiel.
C’est ce lien précieux dont j’aimerais vous parler à travers l’histoire de Jean et de Nadine, deux clients exceptionnels avec qui une relation solide et durable s’est tissée dès la première rencontre.
Une première consultation marquante
À peine diplômée, il y a près de vingt et un ans, j’ai accueilli Jean en consultation accompagné de son vieux rottweiler, Box. Je me souviens parfaitement de ce moment, car même si je sais aujourd’hui que ce grand homme est un doux au cœur tendre, j’étais impressionnée par sa stature imposante et son assurance.
Malgré mon appréhension de jeune vétérinaire, j’ai choisi de faire confiance à mes capacités. J’ai observé attentivement les signaux que Box me transmettait et je l’ai examiné calmement, et surtout, sans muselière. Jean a été surpris. Plusieurs vétérinaires avaient muselé d’emblée son gros chien, sans même s’informer de son comportement. Jean a apprécié que je ne porte pas de jugement hâtif sur son animal.
L’honnêteté fait partie de mes valeurs fondamentales. Je n’hésite jamais à reconnaître ni à admettre que je n’ai pas la réponse à une question. Curieuse et engagée, je prends toujours le temps d’aller chercher l’information, puis de la transmettre à mes clients un peu plus tard. C’est cet ensemble d’attitudes qui, ce jour-là, a fait toute la différence pour Jean et qui m’a valu sa confiance.
Une relation qui s’approfondit avec le temps
J’ai accompagné Jean et Nadine dans les moments difficiles, notamment lors du départ de Box et de Postum, un autre de leurs compagnons. Au fil des ans, notre relation professionnelle n’a cessé de se renforcer. À chaque rendez-vous, ils demandaient à me voir. J’étais devenue leur vétérinaire de famille et j’en étais profondément fière.
J’ai vu défiler plusieurs de leurs animaux, tant félins que canins. Je me souviens particulièrement de ma première visite avec Basho, un rottweiler âgé d’à peine quelques semaines. Difficile de résister à ce chiot qui ressemblait à une peluche et quémandait des friandises avec une douceur désarmante. Puis est arrivé Pax, un bouledogue américain sympathique débordant d’énergie et de joie de vivre. Sa première visite fut tout aussi stimulante et divertissante. Deux molosses adorables, avides d’affection, qui n’ont jamais manqué de me rappeler à quel point ils aimaient venir me voir.
Des décisions guidées par le bien-être
En grandissant, Basho et Pax sont devenus de magnifiques chiens, chacun avec sa personnalité bien distincte. Malheureusement, Basho a dû me consulter à de nombreuses reprises pour une otite qui est devenue chronique aux deux oreilles. La situation s’est aggravée, nécessitant plusieurs interventions chirurgicales réalisées par un excellent spécialiste.
Ces opérations représentaient un investissement financier important. Jean et Nadine ont toujours pris le temps de réfléchir, de me poser des questions et de prendre en compte mes recommandations, en gardant en tête une priorité : le bien-être de leur compagnon. La confiance qu’ils m’accordaient rendait ces discussions plus simples, sans jamais remettre en doute mon jugement professionnel.
Une fidélité rare
Au fil des années, j’ai changé de lieu de pratique à quelques reprises, animée par le désir de relever de nouveaux défis. Jean plaisante souvent en disant que j’ai changé trop souvent de clinique. Pourtant, chaque fois, lui et sa conjointe — et leurs animaux — m’ont suivie, peu importe la distance. Aujourd’hui, je pratique heureusement dans le village voisin du leur.
Plus que des clients
Tout au long de ma carrière, encore loin d’être terminée, j’ai rencontré de nombreux clients et bâti de solides relations. Mais avec Jean et Nadine, c’est différent. Nos consultations ne sont jamais impersonnelles. Une véritable complicité s’est installée.
Ils prennent toujours de mes nouvelles, et je prends des leurs. Lorsque je vois leurs noms à l’horaire, un sourire se dessine instantanément sur mon visage. Je sais que je passerai une bonne journée.
Avec eux, je n’ai jamais eu l’impression d’être perçue comme une vétérinaire motivée par l’argent. Ils connaissent mes limites, et sont conscients de la réalité quotidienne d’une clinique vétérinaire. Ils respectent mon travail et reconnaissent la contribution de chaque membre de l’équipe. Ils savent que nous sommes là pour le bien-être de leurs animaux. Grâce à eux, je peux exercer mon métier avec sérénité, confiance et passion.
Jean, Nadine et leurs nombreux compagnons poilus sont pour moi bien plus que des clients. Ils comptent parmi les personnes les plus marquantes de ma carrière. Je les considère comme des amis, des êtres doués d’une sensibilité particulière, des personnes à l’écoute qui m’encouragent également dans mes projets personnels. Je leur serai éternellement reconnaissante de la confiance qu’ils m’accordent.
Merci Jean. Merci Nadine. Merci à Pépé, Daphnée, Otis, Ely, M. Smith et Gepetto, vos cocos félins. Merci à Box et à Postum, à Basho et à Pax, mes « p’tits prefs ». Vous êtes exceptionnels et vous faites une réelle différence dans mon quotidien.
Elle signe ce texte
Dre Véronique Miller est vétérinaire à Lévis.

