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Histoire vraie. Saks, un patient bien cher à mon cœur.

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Il y a des patients que nous voyons souvent. Ils ont des maladies plus graves ou plus fréquentes que les autres. Nécessairement, au fil des ans et des consultations, nous nous attachons à eux. Nous développons avec leur famille une relation plus proche. En général, comme le dossier est complexe, le patient voit toujours le même vétérinaire. Cela permet de faire un bon suivi de dossier et de gagner du temps. Le vétérinaire généraliste et un ou deux spécialistes sont souvent impliqués dans de tels dossiers. C’était le cas de Saks, un adorable golden retriever.

Saks a pris énormément de place dans mon cœur. Je l’ai connu chiot. Il a été offert comme cadeau de fête à Jacob, un enfant qui, avant de le connaître, n’était pas très à l’aise avec les chiens. Au fil des ans, Saks et Jacob ont développé une amitié solide, à la vie à la mort comme on dit. Jacob a choisi le nom de son chien, en l’honneur d’un de ses joueurs de hockey préféré. Je me suis rapidement attachée à Saks et à toute sa famille. J’aimais dire qu’il avait été très intelligent de se choisir une famille aussi dévouée qui prenait soin de sa santé fragile. Toutes mes recommandations étaient suivies et il a pu ainsi vivre avec une belle qualité de vie. Il avait des problèmes de peau, d’otite, de dents, d’allergies, de masses, de métabolisme, et j’en passe. Il venait souvent à l’hôpital et tous les membres de l’équipe l’aimaient beaucoup. Il arrivait joyeux, savait où étaient les gâteries, connaissait la routine pour se peser. Il était parfait. Nous étions devenus amis. Durant toute sa vie, j’ai été SA vétérinaire. J’avais donné mon numéro de cellulaire personnel à sa famille qui n’en abusait jamais. Reconnaissante des soins que mon équipe et moi-même prodiguions à son poilu, celle-ci nous offrait des cadeaux à Noël et nous apportait de délicieux mets. Je suis souvent restée plus tard à l’hôpital pour pouvoir recevoir Saks lorsque mon agenda était surchargé.

Tard dans sa vie, Saks a développé un cancer. Il a bénéficié des traitements en oncologie et, malchanceux comme il était, il a fait une réaction à la chimiothérapie. Le protocole a été ajusté par l’oncologue. Puis est arrivé le moment très triste où la famille a dû lui dire au revoir. Elle m’a demandé si j’acceptais de faire l’euthanasie. J’ai d’abord refusé. C’était trop dur pour moi. Puis, je me suis ravisée. Cette famille et son chien m’avaient fait confiance durant tant d’années et nous avions formé une équipe de feu malgré tous les problèmes rencontrés. Je leur devais bien cela. Ce jour-là, je suis arrivée à l’hôpital la mort dans l’âme. Toute mon équipe avait de la peine. Je n’avais prévu aucun patient après Saks, car je savais que j’aurais besoin de me reposer.  

La famille avait préparé un beau rituel, zen, respectueux. Saks est mort dans les bras de son papa-humain, de son ado (devenu grand) et de sa maman-humain. J’ai beaucoup pleuré, eux aussi. Même aujourd’hui, les larmes me montent aux yeux en vous racontant cette histoire. Et pourtant, cela fait plus d’un an que Saks nous a quittés.  

La famille vient juste d’adopter un autre bébé golden. Mignon à souhait. Je vous offre ici une photo de nous deux. Je lui souhaite tout le bonheur du monde dans cette excellente famille, grande amie des animaux. Et surtout, j’espère qu’il aura une bien meilleure santé que Saks.

Elle signe ce texte

Fondatrice du magazine web Flair & Cie, Dre Lucie Hénault est médecin vétérinaire et propriétaire avec 7 associées, de 8 établissements vétérinaires dans la grande région de Montréal. Dre Hénault est gestionnaire de l’Hôpital vétérinaire de Montréal, à Westmount.